Cas n°5 : A.COLSON-RAPIN, C.TOQUET, E.CAUCHIN, E.MIRALLiE, K.RENAUDIN, M-F.HEYMANN-NANTES.
Observation clinique : Homme de 63 ans, sans antécédent notable, consulte en octobre 2006 pour l’apparition d’un nodule thyroïdien gauche rapidement évolutif suspect après cytoponction à l’aiguille fine.Réalisation d’une lobectomie thyroïdienne gauche.
Anatomie pathologique :
- Macroscopie : poids 64g, dimensions : 6X5X4cm, à la coupe on observe un nodule en majeur partie calcifié occupant la quasi-totalité du lobe.
- Microscopie : lésion nodulaire bordée par une capsule fibreuse d’épaisseur irrégulière. Le nodule est d’architecture microvésiculaire, constitué de cellules cubiques parfois discrètement anisocaryocytaires. On note au centre, d’importants remaniements scléro-calcaires. Au sein de ce nodule se détachent des foyers d’une prolifération tumorale maligne intriquée aux vésicules. Elle s’agence en lobules pleins ou creusés de cavités glandulaires. Elle est constituée de cellules très anisocaryocytaires et d’éléments mucipares mis en évidence par une coloration au bleu alcian.
- Etude immunohistochimique :
1/Le contingent vésiculaire est : thyroglobuline +, TTF-1 +, CK7+, CK19 -, CK20 -.
2/Le contingent carcinomateux est : thyroglobuline-, TTF-1-, CK7+, CK19+, CK20+.
Diagnostic proposé : Localisation métastatique thyroïdienne d’un adénocarcinome mucineux, le bilan d’extension mettra en évidence un adénocarcinome du cardia de même morphologie.
Discussion :
Les métastases thyroïdiennes sont rares, mais elles sont observées jusque dans 25% des cas dans des séries autopsiques chez des patients atteints de cancer polymétastatique.
Les tumeurs primitives les plus fréquemment en cause sont, par ordre de fréquence : le rein, le poumon, le sein. Les localisations d’adénocarcinome gastrique sont très rares, moins de 15 cas décrits dans la littérature.
Cliniquement, elles se présentent sous forme d’un nodule le plus souvent unique, d’évolution rapide dans un contexte d’euthyroïdie, avec parfois des signes de compression locale. Elles apparaissent le plus souvent tardivement au cours de la maladie, plusieurs mois voir plusieurs années après le diagnostic du primitif, d’où la nécessité pour l’anatomo-pathologiste de connaître les antécédents et de considérer alors tout nodule thyroïdien comme une localisation métastatique jusqu’à preuve du contraire.
Dans cette indication, la cytoponction à l’aiguille fine garde tout son intérêt. La principale difficulté est de faire la distinction entre une localisation secondaire d’un carcinome peu différencié et un carcinome thyroïdien primitif peu ou indifférencié. L’examen histologique permet de confirmer le diagnostic. Les métastases ont, en général, les mêmes caractéristiques que la tumeur primitive, même si elles sont souvent moins bien différenciées, l’immunohistochimie et l’histoire clinique permettent alors de redresser le diagnostic.
Le pronostic est très sombre, avec souvent un décès rapide dans les mois qui suivent le diagnostic. Cependant, la chirurgie garde un intérêt dans la prise en charge notamment en cas de nodule unique. En effet, elle semble allonger la survie, et surtout améliorer la qualité de vie. Ainsi, le patient dont nous rapportons l’histoire, est décédé 3 mois après sa chirurgie thyroïdienne dans un contexte polymétatatique, notamment au niveau cérébral.
Bibliographie :
* Amani S et coll. Metastasis to the thyroid gland ; unusual site of metastasis. Journal of the Egyptian nat. cancer inst. , Vol 18,n°1, 2006;67-72.
* Engin O et coll. Thyroid metastasis from gastric carcinoma : a case report. Surg today, 2000, 30 : 1005-7 .